Vous recevez régulièrement des DPGF à remplir dans le cadre d’un appel d’offres ou d’une consultation privée. Et soyons honnêtes : ce document ne correspond jamais exactement à votre façon habituelle de faire un devis !
Pourtant, bien maîtriser la DPGF est indispensable si vous voulez être comparé correctement et sécuriser votre chantier.
Cet article évoque des principes généraux pour vous aider à mieux appréhender ce document. En cas de doute, il est toujours prudent de vérifier les pièces du marché, voire de se faire accompagner.
1. Comprendre le rôle réel de la DPGF
La DPGF (Décomposition du Prix Global et Forfaitaire) est un document qui sert à structurer une offre. Elle est généralement fournie dans le Dossier de Consultation des Entreprises (DCE), aux côtés du CCTP (Cahier des Clauses Techniques Particulières) et du CCAP (Cahier des Clauses Administratives Particulières).
Un outil de comparaison pour la maîtrise d'ouvrage
Son objectif principal est simple : permettre au maître d’ouvrage ou à la maîtrise d’œuvre de comparer les offres. Chaque entreprise répond avec la même structure, ce qui permet d’analyser ligne par ligne les écarts de prix, les incohérences éventuelles ou les différences d’interprétation.
Attention : la DPGF n'est pas un détail technique
Un point important : la DPGF ne décrit pas toujours le détail technique d’exécution. Elle regroupe souvent les prestations par grandes lignes forfaitaires.
Exemple concret : Une ligne intitulée “Peinture murs après préparation – 2 couches” peut en cacher plusieurs autres pour l’entreprise du bâtiment :
- Le grattage et l'ouverture des fissures.
- Le lessivage.
- L’impression.
- Les enduits et le ponçage.
- La finition.
La DPGF ne remplace donc pas votre logique de chiffrage. Elle sert à structurer l’offre globale. Sur le plan contractuel, sa portée dépend de la hiérarchie des pièces définie dans le marché.
2. Comment bien répondre à une DPGF sans se mettre en danger
Pour répondre efficacement, il est essentiel de suivre une méthode rigoureuse :
- Consulter les CCTP et CCAP : C'est dans ces documents que tous les travaux et les exigences réelles sont détaillés. La DPGF n'est qu'une traduction financière de ces exigences.
- Chiffrer avec vos méthodes habituelles : Ne changez pas votre manière de calculer vos coûts de revient. Chiffrez "à votre façon" pour ne rien oublier.
- Créer une table de correspondance : Une fois votre chiffrage fait, affectez chaque ligne de votre devis interne à une ligne de la DPGF.
- Exemple : Une prestation de "Fourniture et pose de carrelage" dans la DPGF sera la somme de vos lignes internes de ragréage, d'étanchéité sous carrelage et de pose.
3. Conservez strictement la structure du document
En appel d’offres notamment, vous devez respecter une règle d'or :
- Ne modifiez pas les intitulés.
- Gardez la structure.
- Remplissez chaque ligne.
Pourquoi ? Parce que si vous changez la structure, vous devenez difficilement comparable. Et si vous n’êtes pas comparable, vous risquez l'éviction ou vous vous mettez vous-même en difficulté. Vous pouvez cependant modifier les unités ou les quantités si nécessaire, car le donneur d’ordre s'arrange souvent pour se dédouaner des erreurs de métrés initiales.
4. Ajoutez une note explicative : le réflexe qui rassure
C’est une pratique fortement recommandée. Dans un document joint (format Word ou PDF), vous pouvez :
- Expliquer la correspondance entre vos lignes de devis et celles de la DPGF.
- Préciser quelles prestations sont regroupées sous une ligne forfaitaire.
Cela présente deux avantages majeurs : le lecteur comprend exactement ce que vous avez chiffré, et vos équipes sauront quoi réaliser une fois le chantier gagné. N‘hésitez pas à intégrer des notes techniques : marques prévues, types de matériaux, modes de pose ou hypothèses particulières.
5. Les limites de la DPGF : ce qu’il faut absolument anticiper
La DPGF comporte des risques qu'il faut savoir identifier pour ne pas travailler à perte.
L’oubli technique dans une prestation forfaitaire
Si une ligne prévoit une prestation forfaitaire, vous êtes responsable du résultat. Même si la DPGF ne détaille pas les préparations, les protections ou les accessoires, vous devez les intégrer. Si vous oubliez un élément indispensable techniquement, il sera difficile d’en demander le paiement en supplément.
L’erreur de quantités
Dans beaucoup de DCE, il est précisé que les quantités sont données à titre indicatif et que les métrés sont à vérifier par l’entreprise. Cela signifie que vous devez contrôler les surfaces, longueurs et volumes. Si vous ne le faites pas, vous assumez l'erreur.
La gestion des travaux supplémentaires (hors DCE)
Si des travaux sont demandés alors qu’ils ne figuraient ni dans le CCTP, ni dans les plans, ni dans les pièces de consultation, vous êtes dans le cadre de travaux supplémentaires.
La procédure : Visite, chiffrage et validation écrite avant exécution. C’est le seul moment où vous pouvez légitimement remettre en cause le montant forfaitaire initial.
Conclusion : Maîtriser le cadre pour sécuriser le chantier
La DPGF n’est pas votre devis, c’est un outil de comparaison. Si vous la subissez, elle devient un risque. Si vous la maîtrisez, elle devient un cadre clair pour votre collaboration avec le maître d'ouvrage.
La bonne pratique en résumé :
- Faire votre devis normalement.
- Créer une correspondance structurée.
- Remplir strictement le document imposé.
- Ajouter une note explicative technique.
- Vérifier scrupuleusement les quantités.
Bien utilisée, la DPGF ne vous met pas en difficulté. Elle vous oblige simplement à structurer proprement votre offre pour gagner en professionnalisme.
Checklist DPGF : 7 points pour ne rien oublier
- Avoir lu le CCTP et le CCAP en détail.
- Faire son propre métré (ne pas se fier aveuglément aux quantités du DCE).
- Intégrer les frais de protection et de nettoyage dans les prix forfaitaires.
- Vérifier que chaque ligne de votre devis interne est bien "rangée" dans la DPGF.
- Ne laisser aucune case vide (mettre 0 ou "compris" si nécessaire).
- Joindre une note technique précisant les matériaux et hypothèses.
- Vérifier la hiérarchie des pièces dans le contrat pour connaître la valeur de la DPGF.

